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Diana Damrau and Ludovic Tézier in Verdi’s “La Traviata” at Opéra Bastille

DÉJEUNER AVEC DIANA DAMRAU Lundi 16 juin 2014

Julian Sykes

(Dessin original de Patrick Tondeux)

La soprano colorature allemande a découvert «La Traviata» quand elle avait 12 ans. Son rêve de chanter le rôle est devenu réalité. En représentation ces jours-ci à Paris, elle évoque sa vie, ses goûts

On a rendez-vous dans une boulangerie, la Boulangerie Bechu dans le XVIe à Paris, mais le café est bondé et elle a faim. Alors on change d’enseigne pour viser plus grand, plus nourrissant, tiens, là, au Stella, de l’autre côté de la rue, une brasserie de tradition.

Elle, c’est Diana Damrau: le regard bleu azur, les paupières frémissantes, à l’image de cette Traviata qui se fait rouler dans la farine par le Père Germont dans l’opéra de Verdi. «J’ai trouvé: je vais prendre un steak tartare, ça me donne de la force», dit-elle, soucieuse d’être en forme ce soir pour la générale. Et voilà qu’elle craque pour un gaspacho andalou en entrée. «Je ne suis pas Allemande en ce qui concerne les repas!»

C’était trois jours avant la première d’une Traviata très attendue à l’Opéra Bastille de Paris (qui se donne jusqu’au 20 juin), dans une mise en scène du cinéaste Benoît Jacquot. Ce rôle lui colle à la peau, elle qui a enchaîné les productions depuis plus d’un an dans les plus grandes maisons internationales (Metropolitan Opera de New York, Opéra de Zurich, Scala de Milan, Covent Garden à Londres).

«Violetta, ce n’est pas juste une femme qui souffre un petit peu et qui a de belles choses à chanter; c’est un grand drame que tout le monde peut comprendre.» Adapté du roman La Dame aux ­camélias d’Alexandre Dumas fils, l’opéra de Verdi évolue dans le Paris des années 1850. Violetta Valéry est une demi-mondaine entretenue par un baron bien plus âgé qu’elle. Phtisique et condamnée à brève échéance, elle a choisi de consacrer ses dernières années à une quête effrénée de tous les plaisirs. Mais voilà qu’Alfredo ­apparaît dans sa vie et qu’elle tombe sous le charme de ce jeune homme, sincère, franc, presque naïf dans ses élans – bref, aux antipodes des mondanités hypocrites dans les salons parisiens.

Ce drame, Diana Damrau l’a ­découvert par hasard, quand elle avait 12 ans. «Mes parents étaient sortis manger avec des amis. J’ai eu le droit de regarder la télé.» Elle tombe alors sur La Traviata de Franco Zeffirelli, avec Teresa Stratas et Plácido Domingo. «Dès le début, en entendant les violons du «Prélude», ça m’a attirée très fort. J’ai été étonnée quand les gens ont commencé à chanter. Il n’y avait pas de paroles comme dans un film: tout sortait de leurs corps, de leurs propres voix. C’était tellement réaliste et touchant à la fois.» Et de raconter comment elle a «pleuré, pleuré et pleuré» des jours après, rêvant de pouvoir chanter un jour ce rôle.

Le gaspacho andalou est servi. Elle y plonge la cuillère, l’air satisfait, presque béat; elle dégage quelque chose de méditerranéen. D’ailleurs, elle a épousé un Français, le chanteur d’opéra Nicolas Testé (qui campe le Docteur Grenvil à ses côtés dans La Traviata de Paris), avec lequel elle a eu deux garçons, Alexander, 3 ans et demi, et Colyn, 1 an et demi. Elle a vécu quatre ans aux Pâquis, à Genève, et elle en parle avec nostalgie. «J’ai adoré habiter à Genève. Je me souviens de la ­promenade au bord du lac quand je me rendais au Grand Théâtre, en passant par les ponts: les couleurs de l’eau, le ciel, l’espace là aussi.» Aujour- d’hui, elle vit à ­Zurich – pour l’allemand notamment.

Violetta? Rien d’une escort ou d’une prostituée. «Les courtisanes étaient des femmes très cultivées à l’époque, qui menaient une vie d’homme. Leurs salons tenaient lieu de forums. Les hommes politiques et les hommes d’affaires y menaient des négociations.» Et de citer Marguerite Gautier, l’héroïne du roman La Dame aux camélias, qui a servi de modèle pour la Violetta de Verdi. Diana Damrau s’est même rendue dans le quartier de la rue d’Antin, où se situe ­l’action du roman, «pour respirer» et «sentir un peu» le parfum des lieux.

«Sentir» est un mot très im­portant dans le vocabulaire de Diana Damrau. Qu’elle chante, qu’elle joue sur scène ou qu’elle mange, elle fait participer tout son corps (elle adore le flamenco!). Déjà vers 3 ans et demi, la petite fille s’amusait à singer une chanteuse d’opéra sur Peer Gynt de Grieg, qu’on lui avait offert. «L’opéra nous porte dans une autre dimension, hors de nous», dit-elle, constatant à quel point cet art permet de se relier à soi. «En plus, c’est notre culture, c’est notre passé.»

Si elle reconnaît avoir eu des facilités, notamment pour l’agilité, elle a vite compris que seule une technique aguerrie permettait d’épanouir les dons reçus de la nature. «Tout au début, je n’avais pas les notes suraiguës pour chanter la Reine de la nuit. Je savais que ça pouvait aller très haut, mais ­encore faut-il apprendre comment y arriver!» Carmen Hanganu, chanteuse d’opéra roumaine, fut sa première initiatrice dès l’âge de 15 ans, du temps où la jeune Diana Damrau (attirée à un moment donné par le hard-rock!) étudiait à Würzburg.

Ne jamais rien forcer. S’arrêter, même lorsque l’on se dit – à tort – que «ça ira, ça ira». «On doit se freiner et sentir quand le corps est trop fatigué. On peut changer de violon, mais on ne peut pas s’acheter d’autres cordes vocales!» D’où un patient apprentissage, en attaquant d’abord le médium pour sécuriser progressivement les aigus.

«Vous voulez des frites?» lance-t-elle, après avoir goûté la salade de crabe et de haricots verts (croquants à souhait!) de son ­interlocuteur. «On m’avait proposé la Traviata lorsque j’étais en troupe à l’Opéra de Francfort, mais j’ai refusé. Je ­savais que je ne serais pas complètement prête pour exprimer ce que je voulais.» Sa première grossesse a encore retardé cette prise de rôle. Peut-être était-ce un heureux hasard. Elle-même reconnaît que son timbre fuselé, aux aigus adamantins, a gagné en chair depuis la naissance de ses deux enfants.

Mais rien n’est jamais gagné. Sa Traviata n’a pas fait pas l’unanimité d’une ville à l’autre: raffinement des nuances, certes, mais couleur de voix diversement appréciée. Elle-même a dû s’adapter à différentes mises en scène. «A la Scala de Milan, Dmitri Tcherniakov me disait que Violetta ne mourait pas de la tuberculose: elle était malade du cœur.» Le temps de prendre un cappuccino, la soprano médite sur la difficulté à trouver ses repères sur un plateau aussi vaste que celui de l’Opéra Bastille; elle n’y reconnaît pas encore sa voix. «A la première, tout le monde juge, alors que, souvent, les meilleures représentations sont vers la fin.»

L’heure tourne. Pas le temps d’agoniser comme Violetta sur scène: Alexander et Colyn, ses deux petits garçons, la rappellent au devoir. «Ça me permet de garder les pieds sur terre!»

(Source: letemps.ch)

Diana Damrau Julian Sykes Le Temps opera opera tag La Traviata Opéra National de Paris Opéra Bastille Patrick Tondeux

Rehearsals for La Traviata at the Opéra National de Paris

(Source: operadeparis.fr)

Diana Damrau La Traviata Verdi Opéra National de Paris opera opera tag

Costume fitting for La Traviata at the Opéra National de Paris [x]

(via glitter-and-be-gay)

Encore Surprise! - Vienna Philharmonic Orchestra, Diana Damrau, Zubin Mehta (by Carnegie Hall)

Diana Damrau Damrau Carnegie Hall Zubin Mehta